MOZ
« Je suis né à Brest - C'était au milieu de l'été 1970, et, oui, à présent je m'en rends compte plus ou moins confusément, c'est bien le pétrole, liquide visqueux irriguant les artères de notre bien-aimée société de consommation, qui a dû marquer mon jeune subconscient. Tandis que le monde était secoué par les hystériques crises dites "pétrolières", les plages de mon enfance, tel un sorbet indigeste, étaient gratifiées d'un topping façon marée noire. Du coup, je me dis que si je me suis mis à la peinture, c'est peut-être pour jouer du même pétrole - mais cette fois, en tubes et en couleurs... Mais nous n'en sommes pas encore là. Avant de construire mon univers de peinture et de chair, j'ai vu mes dignes parents construire leur cosmos : ma mère décorant les intérieurs, mon père peignant les extérieurs. Tout ce qu'il fallait, en somme, pour stabiliser les chaos du quotidien. Puis mes professeurs ont ouvert la brèche décisive : à leur contact, les dieux m'ont appris que la vie était ailleurs - et plus précisément, à Paris. Nous étions encore de bonne heure. Nous avons donc voulu apprendre... À peine âgé de 17 ans, j'ai suivi avec application les cours d'Arts Appliqués de l'Académie Charpentier. Depuis lors, je n'ai pas quitté la capitale, où je vis et je travaille. Après 2 ans à ladite Académie, j'interromps là mon cursus et je me décide donc à travailler, pour vivre, puisque ces deux termes sont parfois violemment indissociables. Mes "qualifications" se sont multipliées au gré des expériences - "jeune graphiste solitaire" (pas encore de carte de visite à ce moment -là...), "Assistant Directeur Artistique en agence de pub", puis "Directeur Artistique" et enfin "Directeur de Création dans le Web". Au final, beaucoup de titres, de guillemets et de majuscules, mais surtout une clé suprême : la maîtrise des techniques de création. Car c'est bien cela que l'on cherche - la création. Je gardais à l'esprit un seul mot d'ordre - ne pas se prendre au sérieux, mais le faire sérieusement !... Et tandis que le jour je répondais consciencieusement aux demandes de mes patrons, la nuit j'oeuvrais sans répit à créer mon propre univers - trés simplement : des images colorées sur fond de Rock'n'Roll. C'est pourquoi aujourd'hui il est temps : je largue tout, et je me plonge dans l'essentiel : la peinture. Le compteur bloqué dans les 60's, je rends grâce à mes idoles - et ma façon de les aduler, c'est de les passer au fil de mon pinceau. Parfois aussi, je fais un saut jusqu'au présent, votre monde, et je peins "ce qui est actuel". Et dans ma galerie imaginaire, les icônes qui m'inspirent s'alignent une à une le long de murs sans fin : Elvis, Bettie Page, James Dean, Marilyn Monroe, Steve McQueen, Emma Peel et beaucoup d'autres acteurs, actrices, mannequins et chanteurs des années 60. Certains de ces personnages, plus impitoyables et cruels que d'autres dans leur stature d'éternité, ont bouleversé ma vie - Et ces premières playmates qui hantent mon esprit depuis toujours... Ces pin-up des anciens magazines... Toutes ces filles nues que j'essaye de faire exister ailleurs que sur un mauvais site Internet. Autour d'elles, des jouets et leurs emballages, mode d'emplois, notices et messages d'avertissement, quelques publicités, beaucoup de scènes volées dans des Comics, tous superposés, collés, tatoués sur ces corps, détournant ces beautés de leur contexte original en les contraignant à un mode d'emploi, une explication hasardeuse, une nouvelle histoire... Un nouveau sens, à une autre époque, pour une seconde existence... Tous ces héros, ces idéaux post-modernes, se multiplient sur mes toiles. Ce sont des "monstres", au sens plein du terme - terrifiants, immortels, magnifiques, fascinants, il s'agit maintenant pour moi de les "montrer" au public, pour qu'à son tour, à nouveau, il se prenne de vertige devant ce qui le dépasse.