BRUNO GRECO
La couleur, la matière, le relief, les métaphores, les allégories, l’univers de Bruno Gréco nous entraîne vers un monde paradoxal, à la fois le reflet d’une réalité cruelle et noire et l’émergence d’un monde où l’instinct de survie l’emporte sur les doutes, sur ses doutes…
Il y a des rencontres, et des moments qui marquent le parcours d’un artiste, il y a aussi la force et la teneur du discours qui l’habite, l’imaginaire de Bruno Greco est ponctué de la beauté du monde animal et de la cruauté humaine, un doux mélange de Voltaire et de Primo Levi qui nous entraîne naturellement vers un questionnement compulsif sur le devenir de l’humanité. La guerre, les armes, les anges et la vie… On se surprend à essayer de rechercher ses pères… Les clins d’œil existent mais restent tout en finesse, Basquiat, Dubuffet… Le discours est résolument moderne et sérieux et nous emporte vers un univers chargé, témoin de notre temps.
L’artiste ne nous harangue pas par un propos accusateur ni moralisateur, il doute. Il est pris en otage par sa propre fragilité et par là même, par celle de l’humanité, et par toute la violence dont est capable l’être humain. Kafka est passé par là et a laissé des traces, ces traces qui font notre jubilation aujourd’hui à la lecture de sa peinture. Les titres ont l’humilité du personnage, ils flirtent avec « nuits et brouillards », « la peau et les os », mais restent dans la mesure du propos qui se veut toujours lucide mais poétique. On n’y trouve pas le lyrisme commun à ses contemporains, le ton est juste, avec la note subtile et le bon mot pour nous faire basculer dans la dérision, car les « drames d’homme » sont omniprésents… Léo Férré aussi l’a visité, et il avait raison… avec le temps…
Chrystèle Gozlan.